Mercredi 28 juillet 2010 3 28 /07 /Juil /2010 15:20

Conférence du 12 novembre 2004

 

Dans notre dossier de rentrée, il y avait ce document : « Se prononcer sur la personne »

Paul MALARTRE écrit dans cet édito : «  Le sens de la personne et de la relation entre les personnes doit transparaître dans l’ensemble des actes posés dans les établissements et se retrouver dans la triple démarche qui fait notre originalité : enseigner, éduquer et proposer un sens de la vie éclairé par l’Évangile »

 Enseigner, éduquer, vous en êtes les professionnels.

La troisième démarche rejoint le souhait de la Commission Pastorale qui s’est réunie et a regardé comment l’Évangile éclaire les fondements éducatifs sur lesquels nous nous appuyons.

Je ne suis que le porte-parole de cette commission qui a pris le temps de regarder comment on peut trouver une application de la Parole de l’Évangile dans notre vie d’enseignant et d’éducateur aujourd’hui, bien que Jésus n’ait été ni l’un ni l’autre.

Si Jésus n’a été ni éducateur ni enseignant, il a dans son enseignement aux foules qui le suivaient, utilisé une pédagogie dont nous pouvons nous inspirer. Cette pédagogie nous l’appliquons sans le savoir souvent, mais il est bon, ne serait-ce que pour notre culture personnelle, d’y revenir et de savoir d’où viennent  ces valeurs que nous inculquons aux jeunes dans l’école catholique, et qui font que des familles en fassent le choix.

1- Le pari de l’espérance : pourquoi ce titre ?

Dans ce même document de rentrée, en conclusion de son éditorial, MALARTRE écrit : En vous appelant à être des pionniers lucides et audacieux, nous avons formulé le souhait de relever ensemble les défis éducatifs d’aujourd’hui en donnant à chacun la possibilité de vivre une Espérance engagée . Cette Espérance doit rayonner dans la façon de considérer concrètement chaque personne. »

Ceci rejoignait le souhait de la Commission et comme il fallait un titre à notre réflexion, nous avons pris celui de relever le défi et de parier sur cette Espérance qui est au cœur de notre de notre vie, et qui permet de jeter un regard neuf sur chaque événement.

  • Ces signes d’espérance vécus dans l’établissement nous ont déjà été évoqués par Hervé le Goff.
  • Les divers changements en ont été porteurs à travers les projets conçus et réalisés ensemble.

Mais aujourd’hui, comment parions-nous sur cette espérance dans un monde qui change et avec des jeunes qui bien souvent nous déroutent ?

Avec la Commission Pastorale, en réfléchissant sur nos fondements éducatifs, nous avons voulu aller puiser à la source de l’Evangile : comment porter à la manière de Jésus, un regard d‘Espérance sur l’avenir.

Un des signes d’espérance important qui nous est apparu pour constituer l’équipe éducative que nous formons, c’est la nécessité de « faire communauté », c’est à dire de former une équipe qui soit plus qu’une équipe ordinaire.

  • nous avons alors cherché à définir ce que veut dire :

« Faire communauté »,

« Comment faire communauté »

« Comment créer du lien entre nous ».

  • Pour « faire communauté », il faut se « rencontrer »
  • Nous avons alors recherché une sorte de vision commune, pour fonder notre action au service des jeunes, et nous avons regardé quelles étaient les convictions de base qui nous unissent au plan des objectifs pédagogiques et éducatifs que nous poursuivons.

Tout ceci marqué bien  sûr par la spiritualité des frères de Ploërmel qui ont marqué la culture de Notre-Dame de 1957 à 1974, et celle des Dominicaines.

  • Nous avons ensuite regardé comment concrètement avoir des attitudes éducatives fondamentales pour parier sur l’Espérance. 

2- Alors, est-ce que l’Espérance, est encore possible aujourd’hui ?

 Tous nous constatons que notre société est marquée par le désenchantement et que la vie n’épargne ni les jeunes ni leurs familles, ni nous d’ailleurs ! Les grands idéaux qui ont mobilisé ceux qui nous ont précédés semblent en perte de vitesse ; on ne sait plus comment faire pour redonner à nos jeunes des raisons de vivre, du goût pour l’espérance, on parle d’individualisme, d’égoïsme, de repli sur soi, de pertes des valeurs …

Cette vision négative des jeunes n’est pas d’aujourd’hui…Je ne résiste pas à l’envie de vous lire ces réflexions, tirées d'un livre de J-M Petitclerc, prêtre salésien et éducateur spécialisé : 

Que n'entend-on pas sur les jeunes . A preuve ces témoignages désabusés :

"Notre jeunesse (...) est mal élevée. Elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui (...) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais."

"Je n'ai aucun espoir pour l'avenir de notre pays, si la jeunesse d'aujourd'hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible."

"Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin."

"Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture."

On croirai lire quelques récents articles de presse.

Une petite précision toutefois :

La première citation est de Socrate (470-399 av. JC), la deuxième est d'Hésiode (720 av. JC), a troisième est d'un prêtre égyptien (2000 av. JC), la dernière, vielle de plus de 3000 ans, a été découverte sur une poterie d'argile dans les ruines de Babylone.

(Dire Dieu aux jeunes p.75)

Ici comme ailleurs, il y a pourtant une grande soif de spiritualité. Quand on parle de spiritualité, on ne parle pas  seulement de spiritualité religieuse -elle existe! - mais de recherche de transcendance ou pour parler simple de quelque chose qui tire vers le haut et qui va au-delà du rationnel.

Ceux qui ont rencontré Jésus-Christ il y a un peu plus de 2000 ans et qui se sont mis à son écoute, en témoignent : cette rencontre a changé leur vie et lui a donné un sens. Cette rencontre leur a donné une audace qui les a transformés.

Cette réflexion sera toujours sous-tendue par le fait que ce qui va être dit au nom de l’Evangile et au nom de la Foi chrétienne dont est empreinte l’école catholique, doit aussi pouvoir se justifier au seul nom de l’homme ; la religion catholique est une religion incarnée.

Tout ce qu’un chrétien a comme valeur éducative doit pouvoir se comprendre et se vivre chez un non-chrétien. Notre but aujourd’hui est d’essayer d’arriver à partager une vision commune de l’homme, fondée sur le respect telle que le Christ l’a vécue.

Nous sommes donc partis de l’humanité de Jésus pour parler de sa pédagogie, et à travers ce que ses disciples ont perçu de cette humanité au quotidien, nous avons regardé comment retourner à la source de sa parole pour revenir sur les fondements éducatifs de notre établissement, et surtout sur l’actualité de cette parole aujourd’hui qui peut guider nos actes en nous aidant et en aidant les jeunes à « grandir en humanité » comme il est dit dans le statut de l’école catholique.

La mission de Jésus commence par son baptême qu’il reçoit de Jean-baptiste dans le Jourdain. Ensuite l’évangéliste Marc nous dit qu’il passe 40 jours au désert et choisit ses apôtres.

C’est seulement après qu’il va se mettre à enseigner en commençant par nous dire à quoi ressemble le vrai bonheur, celui des Béatitudes.

Jésus commence donc par construire une équipe, une communauté qu’il va d’abord initier au vivre ensemble, et sur laquelle il va s’appuyer.

 Son équipe de qui est-elle composée ? Oh ! Pas de grands savants ; D’abord il choisit des gens simples, des pêcheurs et il leur apprend que pour vivre ensemble en vue de partager une vision commune et de vouloir le bonheur les uns des autres, il est nécessaire de vivre dans une vision collective et pas chacun pour soi.

Les Béatitudes  Mt 5 : ligne de vie ; programme de vie ; projet commun…

Jésus dit : « Heureux les… et non heureux le… »

Un projet de bonheur personnel ne peut que s’articuler dans un projet de bonheur collectif au cœur d’une communauté. 

2.1- Quel sens donner à cette expression : « faire communauté » ? Et comment faire communauté dans notre école ?

 Ce qui fonde une communauté d’abord, c’est son projet. Ce qui fait qu’une communauté soit vivante et éducative, c’est ce qui va faire et créer du lien entre ses membres.

Pour vivre  la communauté sous le regard de l’Évangile, nous ne sommes pas allés regarder les textes évangéliques véritablement, nous nous sommes référés au livre des Actes des apôtres qui fait partie du Nouveau Testament et qui peut être considéré comme le tome 2 de l’évangile de Luc auteur du 3ème évangile. Il a été écrit dans les années 80 , donc après la Pentecôte, c’est-à-dire quand Jésus n’est plus avec eux et qu’ils vivent de son Esprit et  de ce qu’ils ont enfin compris de son message à la lumière de la résurrection.

Ce livre des Actes déplace le christianisme naissant au-delà de Jérusalem et de la Judée, car c’est après la Pentecôte que les apôtres vont faire leur chemin chacun à sa manière mais avec un esprit commun. Il nous montre justement comment ils ont compris alors ce que veut dire « faire communauté », contrairement à leur probable incompréhension au temps des Béatitudes  au début de leur vie avec Jésus !

Lorsque Luc écrit le livre des Actes chacun des apôtres a quitté Jérusalem pour aller annoncer la Bonne Nouvelle (signification du mot « Évangile »)

 Dans le livre des Actes au ch.2, Luc nous dit : «  Ils étaient assidus à l‘enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. (…) Ils étaient unis et mettaient tout en commun. ». « Ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme » (ch.4, 32)

Est-ce que cela veut dire que nous devons vivre ainsi ? Non bien sûr, les Actes sont un « projet » sur lequel les apôtres vont s’appuyer sans le vivre toujours, mais en y revenant sans cesse.

Ce qui fonde ce projet c’est l’esprit d’unité, et  la mission commune dont ils se sentent investis dans l’aide respectueuse et le travail à faire ensemble ; en un mot c’est le « vivre ensemble et s’engager » du titre donné à cette journée !

 Hervé nous a parlé de l’engagement des professeurs dans le syndicalisme ; il y a là une forme de vie communautaire, comme elle existe aussi dans l’entr’aide qui a toujours été et est présente ici. C’est à chacun de nous de prendre conscience avec ce que nous sommes, de la nécessité de faire de notre équipe une communauté, pour agir dans le même sens « avec le même esprit » c’est à dire celui qui nous caractérise nous lycée Notre-Dame / collège St Dominique.

A) Pour faire communauté il faut qu’un même lien nous unisse. Quel est ce lien ?

Ce lien, c’est La fidélité que nous devons avoir envers cette Parole de l’Évangile  qui nous a été dite par des témoins et à laquelle nous pouvons nous référer, mais c’est aussi plus concrètement, la parole vécue avant nous ici et celle que nous avons à inventer.

Dans le mot « fidélité » il y a le radical  « foi. » Etre fidèle c’est avoir la foi, c’est faire confiance, c’est être fiable, mais c’est aussi être en marche vers… se mettre en route en référence à du vécu, et cela suppose une  recherche, une avance dans la recherche, le doute.

La communauté c’est le lieu privilégié de l’initiation : c’est ensemble, en se rencontrant, en se parlant, en marchant dans un esprit commun, qu’on avance, qu’on se connaît, qu’on apprend ses limites et aussi ses possibilités.

La communauté ce n’est pas seulement nous adultes, c’est aussi les élèves avec nous !

Etre fidèle ce n’est pas non plus vivre comme les autres vivaient avant nous dans une sorte de passéisme, ce n’est pas reproduire ce que les autres ont fait. Non ! Jésus n’a pas reproduit l’Ancien Testament, mais en lui restant fidèle il a innové, inventé et créé le Nouveau Testament pour nous rendre plus libres en nous montrant particulièrement que « la loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la loi »!

La Foi n’est pas non plus une liste de croyances, c’est une relation de confiance  avant tout !

Notre rôle à nous est aussi d’innover et d’inventer dans un même esprit, et cela ne peut se faire que dans la fidélité à une histoire, et ensemble dans le lieu de la communauté que nous formons

Pour que notre démarche soit fiable, elle se doit d’être en lien avec notre parole : celle qui nous unit dans le projet commun que nous avons de faire grandir le jeune dans toute son humanité.

 

J.M de la MENNAIS fondateur des frères de Ploërmel disait : «  Éduquer c’est former l’homme tout entier, son cœur aussi bien que son esprit3

C’est dans ce même esprit de  mettre l’homme debout, que les apôtres, comme Jésus le leur avait appris, s’aidaient à grandir mutuellement en faisant communauté, en vivant dans un esprit commun chacun avec sa touche personnelle, et en cherchant à créer du lien entre eux par la fidélité à leur projet commun : Annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

 

B)  Pour faire communauté il faut se rencontrer

Il faut que nous rencontrions nous, mais aussi il nous faut rencontrer le jeune et accepter qu’il nous rencontre.

L’Evangile est avant tout l’histoire d’une rencontre.

C’est une école d’humanité sur laquelle on peut s’appuyer et sur laquelle ceux qui nous ont précédés se sont appuyés. La Parole qui y est dite s’adresse à des femmes et à des hommes de bonne olonté

Un éducateur quel qu’il soit peut-il vivre de l’Evangile, de ce qui fait nos fondements et inspire notre pédagogie dans l’école catholique ?

En tout cas aujourd’hui, nous sommes appelés tous ici à trouver ensemble ce qui serait comme une sorte de plate-forme commune sur laquelle nous pouvons fonder notre action au service des jeunes.

« Faire communauté » c’est donc créer du lien par le biais de la parole et de la rencontre,

C’est essayer d’avoir une vision commune de notre pédagogie dans la fidélité à nos fondements, tout en ayant le désir d’innover en pariant sur l’espérance qui nous anime,

 C’est aussi regarder ensemble les convictions de base qui déjà nous unissent au plan des objectifs pédagogiques et éducatifs que nous poursuivons

3. Quelles sont ces convictions qui nous unissent ?

Nous en avons regardé trois, mais il y en a sûrement plus !

1- Nous voulons tous le bonheur et la réussite des jeunes

2- Nous misons sur « leur ouverture » et « leur engagement »

3 - Nous sommes tous plus que jamais, convaincus des limites à fixer et des repères à leur donner.

3.1 Nous voulons tous le bonheur et la réussite des jeunes

Si nous avons choisi de faire ce métier, c’est que nous croyons en l’éducabilité de l’être humain c’est-à-dire en sa capacité de devenir autre en tirant de lui ce qu’il y a de meilleur.

Nous ne pourrions exercer ce métier si nous ne croyions pas en des transformations possibles chez ceux qui nous sont confiés. Regardons Jésus devant la Samaritaine, devant la femme adultère, et devant Zachée! 3 personnages de l’Évangile, 3 rencontres faites par Jésus de personnes qu’on pourrait dire « pas comme il faut ! »

Jamais il ne leur a dit :  « on ne fera jamais rien de toi », « tu es nul », « c’est peine perdue pour toi ». Non, que ce soit la Samaritaine ; la femme adultère ou Zachée, la rencontre se fait par un regard qui transforme l’autre et le met debout sans qu’il soit jugé, dans le respect de sa personne.

Jésus prend la personne rencontrée là où elle en est. Je m’explique :

  • La Samaritaine  (Jn 4, 1-42)

Jésus quitte la Judée pour retourner en Galilée. Il est midi, il est fatigué et s’assied sur la margelle d’un puits à Sychar, un village de Samarie. Les Juifs ne parlent pas aux Samaritains… Une femme arrive avec sa cruche sur l’épaule. Pour ceux qui connaissent ce pays, ce n’est pas à cette heure la plus chaude de la journée qu’on vient puiser de l’eau ! Celle-ci le fait car la suite du texte nous le dit, elle doit avoir peur du regard des autres : sa vie n’est pas exemplaire, mais la cruche est peut-être aussi le prétexte pour venir aborder cet homme assis sur le puits ??

Qu’importe ! Ce qui compte c’est Jésus qui lui demande un service : donne-moi à boire. »

Étonnement de la femme : « comment ?…..

Autour de ce prétexte de l’eau, Jésus entame un dialogue ; il respecte ainsi cette femme qui ne comprend pas bien ce qu’il lui dit, ni où il veut en venir.

Puis tout d’un coup il lui dit : «  Va chercher ton mari et reviens vite ! » Je n’ai pas de mari… Si tu en as eu 5 et celui….

Jésus rejoint la femme au cœur de sa souffrance, au cœur de ce qui la met en marge de la communauté.

C’est alors seulement qu’elle s’interroge sur le mystère de cette rencontre et elle a envie de  poursuivre le dialogue : « N’es-tu pas le Messie ? »

Jésus ne la condamne pas comme elle en avait l’habitude ; il la remet en face d’elle-même et va en faire un témoin qui laisse là sa cruche et va dire aux autres qu’elle a rencontré quelqu’un d’extraordinaire.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’exemple que ce texte peut être pour nous éducateurs :

Accueil du jeune comme Jésus accueille la Samaritaine

Le laisser venir avec ses prétextes et ses sujets bateau…

Respecter, accepter la discussion…

Le rejoindre au cœur de sa recherche…L’amener à dialoguer…

  • Un autre jour on amène à Jésus une femme prise en flagrant délit d’adultère (Jn 8, 1-11). Ceux qui l’amènent veulent prendre Jésus au piège et voir s’il va leur dire d’appliquer la loi qui est la lapidation.

Que fait-il ? Il s’assoit par terre, écrit sur le sable et dit  : "Que celui…"

Jésus ne condamne pas et renvoie les accusateurs à leur propre histoire. Le texte dit :  «  ils partirent… en commençant par les plus vieux »

- Qui t’a condamnée ? Personne

- Moi non plus, va et ne pèche plus.

  • Et Zachée ?(Lc 19, 1-10)

Jésus est à Jéricho, les foules le suivent. Il y a à Jéricho un homme très mal vu, c’est Zachée le collecteur d’impôts pour l’occupant romain, le « collabo » qui doit s’en mettre plein les poches pour lui au passage… Comme les autres il a entendu parler de Jésus et il a envie de le connaître « il cherchait…. »

Comme il était de petite taille et qu’il voulait voir sans être vu, il monte dans un arbre (un sycomore). Jésus le voit et lui dit : « Zachée descends vite, aujourd’hui je veux déjeuner chez toi » La honte ! diraient les jeunes !!

Ce que disent les bien-pensants… « il déjeune chez un pécheur… »

Sa rencontre avec Jésus change sa vie ! Cette attention que Jésus lui porte le « convertit », le retourne.

La Samaritaine, la femme adultère, Zachée : des personnes mises à l’écart qui ont eu leur vie transformée à cause d’un regard et d’une parole qui s’est dite en vérité. Rendre le jeune heureux et l’aider à réussir sa vie, croire en lui, c’est vivre les Béatitudes au quotidien.

Eduquer dans cette perspective du bonheur, c’est considérer que l’éducation est une œuvre jamais finie. En ce domaine plus qu’en tout autre, vivre c’est aller de l’avant ! J’aime bien l’expression que j’ai entendue un jour qui parle de « pédagogie de l’horizon » ; je ne saurais pas vous dire d’où elle vient, ni qui l’a dite ; je n’oserais pas davantage vous dire que je l’ai inventée, je n’en sais rien, mais ce que je sais c’est qu’elle est parlante pour des gens de la mer : en éducation rien n’est jamais fini ; il faut toujours oser « avancer au large et jeter les filets » ! ( Lc 5, 4 )

3.2 Une autre valeur fondamentale qui a toujours animé notre école, c’est louverture et l’engagement

Nous sommes aujourd’hui dans un monde où il est possible de mettre tout homme en rapport avec tout homme. Pourtant, on constate beaucoup de repli sur soi, d’individualisme, voire de l’indifférence.

Comment alors aider les jeunes à s’ouvrir aux autres, à comprendre le bien-fondé de la diversité des cultures et les inciter à s’engager ?

A) Comment y voir des valeurs évangéliques ?

La section européenne, mais pas seulement elle, est dans la ligne de cet esprit d’ouverture qui ne peut que favoriser la tolérance, l’amour des autres et empêcher la formation de préjugés et d’exclusion nés si souvent de l’ignorance !

Le mot « catholique » appliqué à notre école, veut dire « universel ». Il rejoint Le seul commandement que Jésus nous a laissé avant sa mort : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. ». C’est ce « comme » qui donne toute son originalité à la démarche de notre école.

L’amour et le bonheur dont parle Jésus ne sont pas des moyens pour parvenir à la perfection, la sérénité ou la sagesse, mais un but, et  ils se vivent concrètement dans le quotidien de nos relations au cœur de la communauté éducative que nous formons.

B) Mais comment, en restant fidèles à l’esprit qui est le notre, vivre cette ouverture, motiver et susciter l’engagement des jeunes ?

Peut-être en prenant conscience du mystère de la personne qui est en face de nous, du mystère qu’elle est pour nous et du mystère que nous sommes pour elle !

A propos de « mystère », il est peut-être bon de rappeler que le mystère n’est pas ce que l’on ne peut pas connaître, mais ce que l’on n’aura jamais fini de découvrir, comme l’horizon !!

S’ouvrir à ce mystère c’est découvrir qui est l’autre, qui je suis et qui est Dieu.

Une  telle vision de la relation est exigeante, elle peut nous paraître idéale, mais en fait c’est la plupart du temps comme cela que nous la vivons, en tout cas c’est cela que nous voulons la vivre pour assurer le bonheur et la réussite des jeunes.

Tout cela est bien beau, mais peut-on faire grandir le jeune sans lui mettre des limites, lui apprendre la loi et si il la transgresse, dans quel esprit penser à la sanction ?

N’allons-nous pas à l’encontre du pardon qui est au cœur du message évangélique ? 

C) Tous, nous sommes convaincus des limites à fixer et des repères à donner aux jeunes

 Dans les récits des miracles qui sont des signes et des messages plus que des prodiges, Jésus commence toujours par pardonner les péchés, les manquements à la Loi divine, mais surtout au manque d’amour du prochain.

Guérison du paralytique à Capharnaüm  ( Mc 2, 1 – 12)

On amène un paralytique sur son brancard en faisant un trou dans le toit et on le descend jusqu’à Jésus.

L’homme ne demande rien, mais le geste est suffisamment parlant.

Jésus lui dit ;  « tes péchés sont pardonnés ».

Ce n’est peut-être pas ce qu’il attendait ! Jésus savait qu’en parlant ainsi il allait choquer et en effet des rumeurs circulent : mais pour qui il se prend ?

Alors Jésus leur dit : «  pourquoi parlez-vous ainsi entre vous ? Est-il plus facile de dire : tes péchés… ou bien : lève-toi, prends ton brancard et marche ?

Jésus va faire les deux pour cet homme qui repart debout avec son brancard.

Ce qu’il faut voir dans cet exemple, c’est que Jésus répond à la demande de ceux qui insistent pour lui amener ce paralysé. Il est ému devant leur foi., leur persévérance. ( cf les familles qui mettent leurs enfants chez nous.)

Il entend les rumeurs, mais n’en tient pas compte. Il est fidèle à sa mission. (rumeurs)

Avant de guérir cet homme il le rétablit au regard des autres puis le met debout, au milieu des siens, dans la communauté. ( pas de retour, de merci… comme cela ns arrive souvent.)

 

Quel regard évangélique à l’éclairage de ces épisodes pouvons-nous porter sur la sanction, la réconciliation, le pardon ?

 Là encore nous savons tous que lorsque l’adolescent transgresse la loi, le règlement, il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’affirmation de soi, du refus de la communauté de laquelle il fait partie avec nous, justement parce que nous y sommes !

Dans la mesure où la transgression porte atteinte à la communauté, celle-ci doit sanctionner la faute. La sanction fait prendre conscience de la rupture du contrat et des répercussions que ce comportement a sur la communauté.

Le pardon est une reconnaissance, une réconciliation entre celui qui reconnaît avoir troublé l’ordre de la communauté, et la communauté qui lui redonne sa place en le remettant debout.

  • On peut se demander si Jésus est démagogique quand il pardonne.

Connaissez-vous l’épisode des marchands du temple ? Les 4 évangiles le racontent, c’est donc qu’il a marqué ses disciples. (Il est vrai que c’est cet incident qui a été l’élément déclenchant pour le faire arrêter) !

            Jésus arrive à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Il sait que les Grands prêtres cherchent à l’arrêter : il dérange !

            En arrivant au Temple il voit des marchands, des changeurs et il se met dans une grande colère. Il les chasse avec force, renverse les étals. « Ma maison est une maison de prière »

En fait, Jésus en chassant avec force et colère les marchands qui s’y trouvaient, a voulu rendre au temple sa vraie fonction : une maison de prière.

Il est parfois utile de parler avec autorité pour être entendu, pour fixer les limites et recadrer les affaires.

L’Abbé Pierre dit que « la colère est une des forces de l’amour »

 Jacques LEBRETON que les plus anciens connaissent sans doute, car c’était un grand ami du Père Médard, dit aussi dans son dernier livre Condamnés à l’Espérance, que bien souvent il a dit son « Notre Père » en disant :  «  Donne-nous aujourd’hui notre poing de ce jour » !

            Un texte dans l’Évangile de Matthieu parle de « sanctions », c’est celui du « jugement dernier ». Ce texte n’est pas une parabole mais une description prophétique du jugement dernier.

« J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger… »

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli…

« Ce que vous n’avez pas fait au plus petit d’entre les miens à moi non plus vous ne l’avez pas fait !

Les notes de la TOB nous disent que : « Le Fils de l’Homme vient dans sa gloire comme un roi pour juger tous les peuples et sanctionner leur conduite d’après les œuvres de miséricorde qu’ils auront exercées envers les gens dans le besoin. » 

Il y aura donc des sanctions ?

L’exemple que nous pouvons y trouver en tout cas, c’est que dans la sanction qu’il applique, Jésus renvoie toujours les gens à leur conduite.

Il dit pourquoi il sanctionne, il ne fait pas la morale. Si vous lisez ce texte au ch. 25 de Mt, vous verrez que seul le manque d’amour et d’attention à l’autre sera sanctionné.

  Les pharisiens (courant religieux : fidélité à la loi ) reprochaient souvent à Jésus d’aller contre la loi en faisant des miracles le jour du Sabbat par exemple. Il n’a jamais été un hors-la-loi, mais il nous a appris que la loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la loi ! Il faut un règlement, une loi, mais il ne faut pas en être esclave !

La sanction remet le jeune debout et lui montre qu’il peut « repartir » et que nous croyons en lui.

S’il y a un point de la pédagogie salésienne de Don Bosco que beaucoup parmi vous connaissent, et à laquelle j’ai toujours adhéré, c’est qu’avant de réfléchir sur la répression il faut se demander comment mettre en place la prévention ! c’est à dire comment faire comprendre la raison des choses.

Jésus remet debout ceux qu’il rencontre, ceux qui sont dans une situation d’échec.

En parlant d’échec, s’il est une vie qui peut paraître un échec c’est bien celle de Jésus !  Sa mort pourrait-elle être envisagée comme une sanction de la part de Dieu son Père ?

Non, Jésus a été condamné par les hommes parce qu’il annonçait un message dérangeant : sa parole heurte les gens de son époque.

Alors cette sanction est positive puisque sa mort est suivie de sa RÉSURRECTION

De la même façon, la sanction positive pour nous aussi est de « re-susciter » le jeune, c’est à dire de le susciter à nouveau pour qu’il reparte vers un a-venir possible plein d’espérance et de vie. 

  Nous rejoignons la conclusion du texte de référence des Frères de Ploërmel :

«  L’école menaisienne ( du nom de Jean-Marie de la Mennais le fondateur ) est au service de l’éducation totale du jeune. Elle transmet des savoirs et fait découvrir des valeurs qui font vivre. L’éducation qu’elle met en œuvre se veut intégrale jusqu’à la reconnaissance possible de la SOURCE qui l’anime. »

Une éducation soucieuse d’atteindre le cœur de l’homme se doit de conduire les jeunes à s’interroger sur la source qui les anime, sur le sens de leur vie et donc de leur engagement dans cette vie en les « re- suscitant », en les responsabilisant.

Responsabiliser c’est accepter de prendre des risques ! C’est prendre le pari de l’espérance. C’est le «  Avance au large » que Jésus dit à ses disciples pour leur expliquer que pour faire une bonne pêche il ne faut pas laisser sa barque au bord de l’eau  ni avoir peur du vent !

  Vous connaissez le livre de l’Exode, ce temps de traversée des hébreux dans le désert, eh bien, avec le regard possible de « Dieu éducateur de son peuple », nous  pourrions imaginer l’Égypte comme le pays de l’enfance, et la terre promise comme celle de l’âge adulte. Le peuple hébreux dans le désert c’est le groupe des adolescents guidés par nous : c’est une longue marche avec ses découragements et ses espérances !

J’y pense parce que Exode est un mot grec qui a la même racine que le mot éducation en latin ( educere qui a donné éduquer) : il signifie  «  conduire hors de. »

4- Ceci nous amène à parler de quelques attitudes fondamentales à avoir pour faire le pari de l’espérance

S’il existe un exemple de la pédagogie de Jésus, c’est bien dans le récit des disciples d’Emmaüs qu’il se trouve en ( Lc 24, 13-25 ).

 

 « Jésus fait route avec eux » : il écoute, il accueille leur désarroi ; il comprend leur situation humaine, il les accompagne, marche avec eux… 

  • Accompagner c’est montrer de l’intérêt à la personne que nous accompagnons.
  • C’est aller au pas de celui qui marche avec nous. Il arrive qu’on presse le pas pour l’aider à marcher plus vite, ou qu’on ralentisse pour ne pas l’essouffler. Chacun verra ici ce que cela évoque comme attitude quotidienne, mais l’essentiel reste la priorité que nous donnons  à la relation éducative : si elle n’est pas toujours efficace, elle est toujours féconde quand elle est vécue dans la vérité et la gratuité.

4.1 Jésus accompagne…

 A) Accompagner, pourquoi ?

  • Pour rassurer : être écouté c’est se sentir en sécurité.C’est un acte qui nécessite la présence de quelqu’un, d’une personne qui nous fait exister par son regard confiant posé sur nous. Il  n’est pas question ici de faire la morale, mais d’être la personne qui comprend et aime en permettant à celui ou celle qu’il accompagne de progresser. 
  • Pour montrer la route : Non pas en disant que la route est par ici ou par là, mais en orientant avec la connaissance que l’on a du jeune et de ses potentialités , en étant des « passeurs »
  • Pour entendre la parole : quand elle se dit. Elle survient souvent dans les moments inattendus et il faut une oreille attentive pour l’entendre.

B) Accompagner comment ?

  • Sans la supériorité qui écrase. Pas comme un copain mais comme un frère.
  • Connaissez-vous ce proverbe kabyle ? «  Quand ton fils sera devenu grand, traite-le en frère. »

4.2 Jésus questionne et écoute: « quels sont les propos dont vous devisez en marchant »?

 Pour dire et pour entendre il faut marcher avec. Ce qui suppose de favoriser la liberté d’expression chez les jeunes en étant prêt à des remises en question et en leur posant aussi des questions qui les fasse réagir.

 La génération à laquelle on a à faire est souvent décapante ; elle dit les choses sans façons et sans prendre les formes dans la préoccupation qui est la leur dans le moment et qu’il faut saisir.

Les écouter c’est les respecter comme Jésus respecte ces deux hommes pommés, en les laissant parler de ce qui les occupe dans l’instant.

 4.3 «  Et il leur expliqua dans les écritures ce qui le concernait. »  (V. 27)

Jésus prend la parole après les avoir écoutés ;

Il leur explique les écritures.

Nous aussi nous sommes dans un temps où il ne faut pas avoir peur de prendre la parole et celle-ci n’est pas réservée qu’au professeur de français ou de philo !

Chacun de nous a une parole à dire aux jeunes sur le sens de la justice, de l’amour, du respect. Il ne faut pas avoir peur de nommer les valeurs, ils ne les entendront peut-être que de notre part !

Un journaliste disait au cardinal Lustiger à l’occasion des JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse) :

«  On dit à propos du Pape que les jeunes écoutent le chanteur mais pas la chanson. »

   Mgr Lustiger lui a répondu ceci : 

« Ils ont besoin d’entendre ce que le Pape leur dit, parce que personne d’autre ne le leur dit. Ils veulent l’entendre même s’ils ne le suivent pas, car ils savent qu’ils ont devant eux le témoin honnête et désintéressé d’une vie autre et meilleure, même s »ils craignent d’en être incapables. »

Et un peu plus loin : «  la génération des 40 – 50 ans avait voulu se libérer des contraintes d’une société qu’elle jugeait immobile et oppressive. Les jeunes se sont trouvés, non pas en liberté par l’absence de contraintes mais dans le vide par l’absence de références et d’appuis. »

Tout ça nous met en face de nos responsabilités, mais nous prouve une fois de plus aussi que la parole est ce qui permet à la personne d’établir un lien et d’entrer en relation ;

L’explication de Jésus aux disciples grâce à la parole échangée,  les lie à lui justement et ils lui demandent de rester avec eux.

   C’est au moment où Jésus partage le pain que leurs yeux s’ouvrent « alors il devint invisible »

   Jésus vient de faire devant eux le geste de la Cène le jeudi saint dans le dernier repas partagé avec ses disciples. Ce geste qui fait mémoire de lui et qui nous dit : 

 «  Voilà, ma mission est terminée, je vous passe le relais. »

  C’est le temps de la célébration, mais on peut l’appliquer à nous ce matin en nous disant qu’ils deviennent adultes enfin quand jésus disparaît à leurs yeux et ils comprennent tout son enseignement.

  N’est-ce pas une parole d’espérance pour les éducateurs que nous sommes ?

Quand jésus disparaît, c’est comme s’il passait le témoin à ses disciples pour la course de relais qui les attend !

Nous pouvons nous situer à la fois dans le rôle de Jésus en tant qu’éducateur qui fait confiance au jeune, et qui s’efface quand celui-ci est prêt à prendre le relais, mais aussi dans celui des disciples qui vont témoigner et transmettre la parole d’espérance : Témoigner c’est agir en accord avec nos paroles, c’est à dire en harmonisant notre savoir-faire et notre savoir-être.

5. En forme de conclusion

On se rend compte en fait, combien la cohérence d’un projet pédagogique et pastoral qui constitue le projet d’établissement, tient autour de l’homme et de son développement au regard de l’Évangile !

C’est dans la manière dont nous permettrons à un jeune de grandir et de devenir un homme et une femme debout, acteur de sa propre histoire, que nous vivrons notre spécificité.

Bien sûr notre école se doit d’abord de transmettre des savoirs et des connaissances en vue de résultats concrets, mais elle se doit aussi d’épanouir toutes les potentialités de chaque jeune dont dépendent son équilibre et son unité.

Alors au nom de la Commission Pastorale qui a apprécié de prendre du temps pour approfondir l’Évangile en vue de cette journée, je termine en citant cette phrase de Ste Bernadette disant à son curé incrédule devant ce qu’elle lui disait à propos des demandes de la Dame de la grotte à Lourdes : «  Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ! »

 

Le 12 novembre 2004
Marie-Anne le Bail
Animatrice en Pastorale Scolaire
Lycée Notre-Dame

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Par Sklerder - Publié dans : Pastorale
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 14:34

Tel était le titre que j’avais choisi pour le mémoire qui validait ma formation FAPSO (Formation des Animateurs en Pastorale Scolaire), lorsque j’ai été appelée à cette mission au sein du collège-lycée Notre-Dame à Guingamp.

Aujourd’hui, alors que « l’heure de la retraite sonne », le moment me paraît tout à fait opportun  pour faire le point sur ces huit années d’aumônerie et pour constater la véracité de mes propos. Témoigner d’une expérience aussi riche que celle que j’ai vécue au sein de l’aumônerie, ne se fera  certes pas en une page ! Un livre y suffirait-il d’ailleurs ? 

D’aucuns diraient que l’aumônerie est un défilé de jeunes qui se trouvent mieux là qu’en permanence… Possible ! Et alors ?  Quelle chance si dans un établissement catholique, il existe encore un lieu où ils peuvent venir « gratuitement » et être écoutés pour ce qu’ils sont avec leurs rêves et leurs peurs du moment quel que soit leur âge !

Autour d’un thé aux mélanges risqués – comme ils le sont eux-mêmes – ils parlent, se découvrent, se connaissent entre eux, abordent des thèmes d’actualité ou des sujets tabous ailleurs qu’en ce lieu, des soucis familiaux, des problèmes de cœur, enfin tout ce qui fait leur vie et dont ils ne peuvent parler souvent en étant pris au sérieux. Le rôle de l’Animatrice en Pastorale Scolaire (APS), est en tout premier lieu celui d’écouter, mais aussi de rebondir sur ce qui est dit, de montrer les limites, d’ouvrir l’esprit et le cœur, de favoriser l’apprentissage du dialogue et de l’échange dans la tolérance des idées de chacun, et de dépasser le « non-dit » cause de tant de violences morales et physiques. Cela suppose un apprentissage à l’écoute et à l’accompagnement afin d’avoir l’à-propos et l’autorité nécessaires pour gérer conflits et discussions toujours aussi riches qu’inattendues.

Cependant, que seraient tous ces échanges sans un amour du jeune et de ce qu’il est dans sa globalité ? Il faut croire en eux, en tout le « possible » qui existe en chacune et chacun. On nous dit aujourd’hui que les jeunes n’ont plus de valeurs humaines ou spirituelles. On pourrait le croire au premier abord, mais je garde en moi des réflexions fortes et profondes entendues au cours de discussions et de temps forts ; des réflexions qui me font aller de l’avant parce que grâce à elles je me dis  que ça vaut encore la peine de donner de son temps pour eux et de les guider vers un idéal auquel ils aspirent loin de la drogue et de l’alcool qui, ne nous leurrons pas, les emprisonne et leur sont trop souvent présentées par les médias comme la voie facile pour devenir un adulte reconnu dans notre société de consommation. L’APS est là justement pour leur proposer d’autres valeurs et une autre façon de vivre, d’où son importance au sein d’un établissement catholique. D’autre part ils ont besoin d’entendre parler vrai et que nous le fassions en accord avec nous-mêmes sans avoir peur des mots, en témoignant de notre foi à bon escient et sans louvoyer.

Voilà, j’aurais encore bien des choses à écrire… Je voudrais juste terminer par un message qui me tient à cœur : la Pastorale est une belle mission possible dans nos établissements catholiques, elle y a toute sa place. Le projet pastoral qui doit sous-tendre le projet d’établissement donne tout son sens au projet éducatif. Que la communauté chrétienne ne soit pas frileuse à l’intérieur de l’établissement ! Elle est avec le chef d’établissement et l’APS, moteur de la vie de la communauté éducative et garante de la Bonne Nouvelle à annoncer aux jeunes qui choisissent nos établissements en sachant bien de toute façon, qu’ils sont chrétiens et catholiques.

            Si nous n’avons pas à souhaiter une obligation d’adhésion à notre foi - Dieu seul en prend l’initiative - nous avons à laisser deviner ce qui nous fait vivre et à favoriser les conditions d’une rencontre qui nous dépasse et nous ouvre aux autres.

Marie-Anne Giron

Animatrice en Pastorale Scolaire

Collège-lycée Notre-Dame Guingamp

Par Sklerder - Publié dans : Pastorale
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